Maître de Flémalle (Robert Campin) — L'Homme de douleurs, vers 1430
Le petit format de ce panneau représentant l'Homme de douleurs indique que cette œuvre était à l'origine un tableau de dévotion. Le thème, aussi appelé « Pietà des anges », devient très populaire à partir du XIVe siècle. Le Christ ressuscité montre ses plaies à l'humanité. Il est assis sur le bord d'un sarcophage, entouré d'anges en pleurs. Le fond doré rappelle le caractère divin du Christ. Le petit panneau résume pour ainsi dire en une seule image toute l'histoire du Sauveur, ce « dieu fait homme ». Le corps tordu de douleur et le rendu expressif des blessures contrastent de manière saisissante avec l'expression sereine du visage.
Jérôme Bosch — Le Portement de Croix, vers 1510-1516
Cette curieuse composition a pour thème central le combat entre le bien et le mal. Toute la surface du tableau est occupée par un fouillis de trognes malveillantes. Au milieu d'elles, le doux modelé du visage du Christ respire au contraire la sérénité. Il est l'Homme de douleurs qui triomphe du mal sur terre. Bien que la paternité du Portement de Croix soit controversée, ce tableau reste une des créations les plus hallucinantes de l'histoire de l'art de l'Europe occidentale. La représentation correspond bien aux idées des confréries dont Jérôme Bosch faisait partie. Certains pensent néanmoins que le tableau est plutôt une copie particulièrement soignée d'après un original disparu. À cette époque, l'art de la copie est en effet une discipline picturale tout à fait respectée.
Jérôme Bosch — Saint Jérôme, vers 1485-1495
Bosch a un lien particulier avec son saint patron, saint Jérôme. Il l'a d'ailleurs représenté à plusieurs reprises. En 2016, cette œuvre authentique a fait l'objet d'une analyse et d'une restauration en profondeur, qui ont fait ressortir ses superbes couleurs ainsi que certains détails : une intervention toute symbolique pour un tableau dont le sujet est la purification. Pour échapper aux tentations de ce monde, saint Jérôme se retire pendant trois ans dans le désert. Il est représenté en prière, avec ses attributs de père de l'Église et de traducteur de la Bible. Seul son fidèle lion lui tient compagnie dans cet environnement hostile.
Frans Hals — Portrait de femme, 1640
Frans Hals a placé ce portrait de femme en buste sur fond gris à l'intérieur d'un cadre en pierre ovale. Ce « cadre dans un cadre » crée un effet de trompe-l'œil particulier. La tenue de la femme souscrit au code vestimentaire calviniste : du noir (satin ou velours) et du blanc (lin ou dentelle) sans autres fioritures. Hals peint de façon virtuose, avec une touche à la fois déliée et ample d'une grande modernité. L'inscription sur le tableau nous apprend que cette femme inconnue avait cinquante-trois ans en 1640. Puisque la plupart de ces portraits étaient des doubles portraits représentant un couple, elle avait probablement un époux qui, à ce jour, n'a pas été identifié.
Auguste Rodin — L'Âge d'airain
En 1875, Auguste Rodin invite le soldat gantois Auguste Neyt à poser dans son atelier bruxellois pour ce qui deviendra un de ses chefs-d'œuvre, L'Âge d'airain. La figure masculine nue expressive fait scandale au Salon de Paris tant elle est réaliste ; la version originale en bronze est d'ailleurs exposée au Salon de Gand en 1880. Dans cette salle, c'est un autre exemplaire tout à fait exceptionnel de cette sculpture aux racines gantoises qui retient l'attention. Après s'être perdus de vue pendant des années, le sculpteur et son modèle reprennent contact vers 1894 et, en 1908, Rodin fait don de cette version à Neyt. C'est la période où le musée s'efforce (sans y parvenir) de devenir propriétaire d'un autre chef-d'œuvre de Rodin, Les Bourgeois de Calais.
James Ensor — Squelette regardant des chinoiseries, 1885 et 1888
Squelette regardant des chinoiseries marque un tournant dans l'œuvre de James Ensor. Sur le plan de l'iconographie, il introduit le motif du squelette et abandonne le rendu impressionniste de la réalité, tel qu'il l'avait pratiqué jusqu'alors. Le tableau nous convie à pénétrer dans une pièce où un personnage assis examine un livre d'estampes japonaises (et donc pas chinoises comme le suggère le titre). Vers 1888, Ensor prend l'habitude de retravailler ses tableaux et de les doter d'un contenu neuf et fantastique. Dans Squelette regardant des chinoiseries, il se limite à deux interventions minimes mais qui ont néanmoins pour effet de modifier radicalement le contenu du tableau : dans le coin inférieur gauche, il peint une tête de mort et dote également le personnage assis de cet attribut.
Théo Van Rysselberghe — Pin parasol au bord de mer au coucher de soleil, 1915
Le peintre, graveur et designer de livres Théo Van Rysselberghe a joué un rôle de premier plan dans la vie artistique belge au tournant du siècle. Artiste débutant, il réalisa des portraits et des paysages plutôt empâtés. Sous l'influence du peintre américano-britannique James McNeill Whistler, sa technique devint plus informelle et son coloris plus léger et plus délicat. Cette évolution prit brusquement fin lorsque Van Rysselberghe découvrit le pointillisme au milieu des années 1880. Il appliqua la technique pointilliste dans des paysages, des marines, des portraits et des tableaux de groupe composés avec une grande rigueur. Peu à peu, il remplaça les points par de petits traits marqués, qui se fondent en une harmonie chromatique originale. En 1898 il s'installa en France, d'abord à Paris, puis à Saint-Clair sur la Méditerranée, où son style évolua vers un fauvisme modéré.
Théo Van Rysselberghe — La Lecture par Emile Verhaeren, 1903
Au cours d'une réunion imaginaire dans son appartement de Saint-Cloud, Emile Verhaeren lit des extraits de ses œuvres. Le public comprend des amis français et belges de Verhaeren et de Théo Van Rysselberghe. Le décor souligne le caractère artistique et littéraire de ce portrait de groupe : des rayonnages remplis de livres, des sculptures d'Auguste Rodin et de George Minne, une reproduction du Portrait de Thomas Carlyle par James Abbott McNeill Whistler. La Lecture par Emile Verhaeren est un sommet de l'art du portrait et de la technique de composition de Van Rysselberghe. Avec ses touches appuyées et son coloris intense, le style de l'artiste s'affirme comme une variante personnelle du néo-impressionnisme. Le tableau se lit également comme un témoignage des liens culturels qui unissent la France et la Belgique au tournant du siècle.
Théodore Géricault — Portrait d'un cleptomane, vers 1820-1824
Vers 1820, Théodore Géricault peint le Portrait d'un cleptomane à l'hôpital parisien de La Salpêtrière. L'artiste est l'ami du docteur Étienne-Jean Georget qui travaille à l'hôpital. Georget est surtout connu pour avoir étudié la monomanie et avoir introduit la notion d'irresponsabilité des personnes souffrant de troubles psychiques dans les affaires judiciaires. Non content de manifester un intérêt scientifique pour son sujet, Géricault réalise aussi et surtout un portrait qui est le récit d'une rencontre entre deux individus. Une rencontre dans laquelle l'artiste donne à son modèle une subjectivité et une personnalité unique dont la tradition du portrait l'avait privé jusque-là.